LOU
Personnage central, est une femme de 40 ans, en robe de mariée.
Elle valse dans sa tête entre le comique de situation et la tragédie intime.
Le monologue oscille entre des scènes du présent et des flashbacks, des souvenirs d’enfance, de l’absurde qu’elle vient de vivre, jusqu'à un questionnement profond sur sa place en tant que telle.
UN DECOR
Un placard (les coulisses), des toilettes - côté jardin.
Une cuisine, un frigo.
Une table.
Un cadre.
Un accordéon dans un coin.
Un bouquet de fleur, un canapé - côté cour.
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A l'intérieur d'un placard, une voix s’élève.
VOIX
Putain, fais chier, j'en ai marre ! À force de ranger, on retrouve plus rien ! C'est quoi ce
bordel ?
Lou sort du placard, habillée en robe de mariée, des casseroles accrochées à la traîne, un appareil photo avec un flash incorporé autour du cou.
LOU
Imite une femme enjouée
J’ai tellement de chance d'avoir une photographe de mariage qui est aussi une artiste ! T'imagine, elle est comédienne, je crois qu’elle a joué dans Plus belle la vie, c’est celle qui couchait avec tout le Mistral, et l’ex du vieux Roland. Mais si! Celle qui a piqué les clés de l'appartement de Thomas. J'me disais bien qu'il y avait un problème avec elle. Elle est pas nette nette !
Elle se dirige vers les toilettes et s’assoit , encombrée par sa robe, s’assoit difficilement sur la lunette.
LOU
La mariée qui ressemble à une actrice française, connue, version blonde, j’ai oublié son nom, est arrivée à la mairie. Ses invités sont là, tous éparpillés, se disent bonjour et sourient. Une femme, ultra maquillée, est sur son 31, c’est la mère. C’est le mariage de sa fille et ça fait deux ans qu’elle le prépare, donc elle a fait venir son canasson, un cheval afghan, et son chien de concours, un lévrier écossais à poil court. Son père a un sourire accroché au visage, on dirait un masque qu’il s’est collé là pour la journée. Le pépé de la mariée et sa voiture Audi, se prennent direct un poteau en pierre en voulant se garer près de la mairie, son épouse intervient :
Lou imite la grand - mère.
Bah pourquoi ils ont mis ça là? C’est pas très malin de leur part!.
Je salue tout le monde et je commence à demander aux gens de sourire. Ça y est: j’en ai à peu près pour neuf heures à rester debout comme ça. J’ai laissé M et G chez des copains. Je n’ai pas eu le temps de faire des courses. Je les ferai demain. Trois heures pour venir jusqu’ici. Ils pouvaient pas se marier plus près de chez moi?
- Taf réservé depuis 1 an - 700 euros à la clef.
Lou imite la grand - mère.
Bon bah au moins on n’est pas en retard, Gérard , t’as pris les clefs?, demande la mémé.
Lou se lève des toilettes et tire la chasse d’eau.
LOU
Quand il a acheté la maison, il avait perdu les clefs, on pouvait pas ouvrir la porte.
Elle imite un homme
Merde qu’est-ce qu’on va dire au proprio ? Ça le fait pas là ! (avec mauvaise foi)
C’est pas toi Lou qui les a mises dans ta poche ?
Elle tente de récupérer les clefs posées sur la table et les fait tomber au sol. Elle tente de récupérer les clefs par terre, mais à chaque fois, son pied shoote dedans, et elles atterrissent plus loin. Quatre essais. Elle abandonne et s'avachit sur son canapé.
LOU
Tu te poses jamais dans les mariages. Si t'as le malheur de t'asseoir deux minutes parce que tu commences à avoir mal au dos, t’en as toujours un qui rapplique pour te dire :
-« Vous pouvez pas me prendre en photo avec la mariée ? »
Si j’étais la mariée, je me planquerai, je ferai exprès de rester des plombes à des endroits reculés, pour me reposer. Et c'est reparti, tu te lèves et tu cherches la mariée, tu apprends qu'elle est en train de faire pipi quelque part dans le château. Tu pars à ses trousses, la pauvre ! Jamais tranquille. Comment fait-elle pour pisser avec sa robe de mariée? Ça doit pas être évident !
Alors, t'attends qu'elle sorte des wc, ton appareil photo autour du cou. Dès qu’elle tire la chasse, bim, tu l’attends à la porte:
-« On vous attend pour les photos! ».
Lou se dirige vers un frigo et ouvre sa porte.
LOU
Y'a jamais rien dans ce frigo !
Elle referme la porte du frigo et à la volée, seule, elle siffle .
LOU
Faut faire des courses !
Qu'est-ce qu'il faut prendre ?
Tiens, ça me fait penser à ce que l’homme m'a dit, désespéré, en parlant de sa mère : "Elle a perdu 65 pour cent de ses capacités cognitives !" Tu crois que ça se refile ces trucs-là ? La dernière fois que je l'ai vue, elle m'a demandé.
Lou imite la mère de l’homme
C'est qui cette femme et ce petit garçon qui me sourit ?.
C’était moi et mon fils G. Elle a dit aussi: « Je savais pas qu’on avait un homme dans la famille …
L’autre fois, elle a pas reconnu P. sa fille.
Lou imite l’ homme
LOU
Jamais rangées au même endroit, les casseroles, ainsi que l’égouttoir à salade.
Dans le premier tiroir censées elles étaient ! Les poêles au dessous, les essuies-tout au dessus, et à gauche, 3e tiroir: les Tupperware ! Ils sont là les Tupperware. Qu’est ce qu’ils foutent là les Tupperware?. Les torchons ne sont jamais au bon endroit, on cherche toujours les torchons dans cette maison.
Il a développé un toc. Me supportant plus, il met toute son attention sur la place des ustensiles de cuisine. C’est devenu une obsession. L’ordre. Le maintien de l’ordre.
Lou imite l’ homme
LOU
Tu connais l’expression: ne pas mélanger les torchons avec les serviettes? Lou?
Lou récite Wikipedia.
L’expression ne pas mélanger torchons et serviettes est une métaphore couramment utilisée en français pour exprimer une distinction entre des éléments de qualité ou de nature différente. Son origine remonte au XIXe siècle et reflète la hiérarchie sociale de l’époque entre les tâches ménagères et les moments de convivialité. Malgré sa popularité, il est important de l’utiliser avec précaution afin de ne pas créer de discriminations ou de stéréotypes. Il est essentiel de se rappeler que chaque individu mérite d’être respecté et considéré indépendamment de son statut social ou de son origine.
Elle lève le regard et reste figée devant une photo encadrée fixée au mur.
LOU
Bonjour! Je suis la photographe. Enchantée d'être ici. C'est beau comme cadre!
Je pense que je vais pouvoir faire de très belles photos. Il ne faudra surtout pas rater le coucher de soleil, vous vous préparerez on ira dans le champ de vignes, vers 19h pile.
Un vieux tonton avec son 5D MARK 10, bien plus cher que mon Sony alpha 20, vient me dire qu’il y a un beau plan à faire en plongée depuis le balcon avec vue sur les vignes justement, et qu’il faut faire la photo immédiatement pendant qu’il y’a encore assez de lumière car ça ne va pas du tout durer.
Vite, vite. Il m’y amène.
Elle imite le tonton à l’appareil photo plus gros que le sien.
LOU
Si vous vous mettiez ici: un tout petit peu baissée, vous pourriez avoir le reflet oranger du coucher du soleil sur l’eau de la piscine ce serait très beau.
Elle s’agenouille, fait comme si elle prenait une photo, regarde son écran, n’est pas satisfaite. Puis elle se met debout, utilise son appareil photo tout en jouant avec l'interrupteur de la pièce. Du geste de la main, elle guide un public fictif.
LOU
Par ici ! Devant l’église, les invités! Dans les escaliers, là.
Un sourire ! Cheese !
Enchantée : la mariée est splendide, et le marié, pas mal. Il est pompier, il est venu avec tout son attirail. Les mamans par contre…ça va couler le fond de teint et le mascara avec la transpiration et les faux cils vont tomber…
Elle imite les interactions lors du mariage.
LOU
-« Bonjour, Bonjour, oh elle a grandi la petite, je l’aurais pas reconnu ».
-« Sublime votre veste. D’où viennent vos chaussures? »
-« On se met où, Gérard à droite, à gauche, on se tient comment? »
-« Je ne sais pas quel est mon meilleur profil, et vous enlèverez les rides à la retouche, hein! (Rires) ».
(A chaque fois on me la fait celle-là).
Elle s'interrompt, regarde son écran d’appareil photo, puis autour d’elle.
Lou imite la mariée.
LOU
Une photo! Par ici! : Vous pouvez me prendre avec mon tonton? Et les cousins? Allez les hommes! La mariée au milieu! Les filles, allez! Les époux, les témoins, les petits, les bordelais, les marseillais, les parisiens, allez!
C’est le pire ça, ça dure des plombes, et à la retouche dans le groupe, y’en a toujours un qui ferme les yeux, au moment où je déclenche, le con. Et dire que pendant ce temps-là, l’homme est à sa remise de prix…
« Chevalier des arts et des lettres » de mon cul…Bah oui il m’a tellement stressé avec ça que moi, j’en deviens vulgaire, je lui fais des « fuck » dans ma tête en pensant à lui devant la sous-préfecture de Digne-les-Bains, en costume trois pièces, pendant son discours. J’ai développé ça ces derniers mois: des « fuck » dans mon coin ! Je me cache et derrière son dos, je fais des « fuck »!
Elle imite un extrait du discours de l’homme.
LOU
Je remercie ma mère et mon père sans qui je n’aurais pas entrepris tout ça ainsi que mon prof de droit qui m’a dit que j’allais avoir une très belle carrière artistique. Je remercie aussi mes enfants M et G.
Elle se déplace tel un fantôme et imite l’homme.
LOU
Lou, où as-tu foutu les passeports ? On peut pas perdre des passeports. Non, ça c’est pas possible. Et arrête avec tes laisse béton. Tu n’es pas matérialiste ok, mais par contre : si je touche à ton appareil photo…
Elle tourne la tête à droite puis à gauche, comme devant un match de tennis.
LOU
- C’est fou ce qui peut y avoir de va-et-vient dans un mariage: "piste de danse - salle à manger » "piste de danse - salle à manger" "piste de danse - salle à manger" dans une seule soirée !
LOU
Je pense qu’il doit y avoir un chrono caché quelque part.
On entend une voix qui sort d’un haut-parleur.
VOIX DE HAUT-PARLEUR
La petite Lou est appelée à l'entrée du magasin ! Josiane l'attend !
LOU
J’ai 12 ans. Je me retrouve dans les allées dentifrice, coiffure, petits pois, moutarde, cassoulet, surgelés, gâteaux d'apéro, produits d'entretien, mercerie, alcools et j'en passe, avant de trouver ma mère à la caisse avec son sourire narquois.
Lou imite une ado excédée.
LOU
Tu fais chier Mam ! C'est toujours la même chose avec toi ! Je dois encore te courir après !
Elle imite sa mère, courant sur place, dans un supermarché.
LOU
Ma mère refuse que je mange ; l'inverse d'une mère nourricière. Au supermarché, elle pique des sprints à travers les rayons, se croyant poursuivie par les produits de consommation, ou par les allemands. Comme elle est professeur de gym, elle trace ! Si tu te déplaces lentement, tu seras attirée par tout ce qui se consomme. Alors, une seule règle : fonce Lou !
Lou se place devant un miroir accroché au mur et imite De Niro dans Taxi Driver, agressive, fixant son reflet. Lou imite son père.
LOU
Elles viennent d'où les clémentines ? Oh, hé, tu m’réponds oui ou merde ? J'te cause : elles viennent d'où les clémentines ? …
Lou imite sa mère.
Ça fait 30 ans qu'elles viennent du même supermarché les clémentines !
Lou imite son père.
Et les crevettes, elles viennent d’où? Les crevettes?
Lou imite sa mère qui hurle.
Elles viennent du même endroit ça fait des années, que je prends ma voiture, que je me rends 800 mètres plus loin, que je me gare, que je prends mon petit caddie, que je mets ma pièce dans mon petit caddie et que je vais au même supermarché. Merde!
Mon père, plus il vieillit, plus il pose les mêmes questions et ma mère lui répond toujours pareil.
Et là à côté du marié? C’est qui? Le père « ultra bright ». Il a l’air trop chelou, relou, collé collé comme ça à son fils, admiratif. Tiens! une femme au look années 80 s’approche de moi : ça doit être la belle soeur.
Lou imite la belle soeur.
Vous pourriez me faire des photos en plus? C’est pour mon album personnel, je vous
paierai. Elle croit quand même pas que je fais encore de l’argentique et que je développe dans le noir dans une chambre noire de 5 m2? Je disparaitrais bien là, mais je suis payée.
Où est la photographe?
Lou imite son fils.
Maman, t'es "toc toc" ?
En entendant le mot "toc toc", elle frappe à une des portes de la pièce et y colle son oreille.
LOU
Coucou les enfants ! Mettez-vous en maillot de bain, brossez-vous les dents et allez vous coucher ! Maman arrive !
Elle sort une craie de sa poche et inscrit des chiffres sur la porte.
On a une femme de ménage car l’homme est maniaque.
Lou imite Marie, la femme de ménage.
Lou, j'ai quelque chose à vous dire : Je viens deux fois par semaine en raison de 8 heures/semaine. M. et G. ont, à eux deux, 20 peluches dont 12 traînent régulièrement dans toute la maison. Sachant que la maison a une surface de 114 m², 2 niveaux et 15 marches par niveau ; que, suivant les jours, les peluches égarées ne sont pas les mêmes et prenant en compte les préférences des enfants : Le lundi Ours-Girafe, le mardi Jaguar-Éléphant, le mercredi Dinosaure-Canard, etc… Sans oublier Johnny, votre chat pervers qui a un faible pour le perroquet et le dauphin (allez savoir pourquoi ?), qu'il nique à tour de bras (Permettez-moi l'expression !) alors qu'il est castré (là, ça m'en bouche un coin !). En considération de tous ces éléments sus-nommés (Et oui, on peut l'employer puisque vous m'employez !), combien de temps vais-je mettre à ranger les peluches dans les tiroirs adéquats, situés dans la chambre au rez-de-chaussée avec porte coulissante ? Aurais-je aussi le temps de me consacrer aux autres tâches ménagères (Comme le stipule le contrat signé par votre conjoint) et axer ma priorité sur l'aspirateur en mode 7 ? (Grandes respirations, un regard appuyé sur un ton conspiratif). Ça reste entre nous, Lou ! Je peux vous faire confiance ! …
Elle mime une scène frénétique de rangement.
LOU
Je descends le Jaguar. Bam ! Le Perroquet remonte.
Je descends le Pingouin. Bam ! Le Lama trône sur la chaise, près du canapé.
Puis c'est au tour de l'étoile de mer sur l'égouttoir, de la salamandre dans les toilettes, le lapin dans le placard, le renard sur votre canapé…
Vous ne trouvez pas ça bizarre, vous ?
Moi, j'dis qu'il y a des entités, des esprits qui déplacent les peluches !
Lou sursaute, puis ricane.
LOU
Mais c'est le chat, Marie ! Le chat: Johnny !
Elle sort une craie, range la craie dans sa poche, va chercher un paquet de croquettes et verse son contenu dans la gamelle du chat.
LOU
Johnny est un chat chartreux, très beau à poil long et gris, mais il est pervers, il croit que les peluches sont ses gonzesses, il les ramène, fait son affaire, et il les déplace. J’ai un chat obscène.
Tous assis à des endroits qu’ils n’ont pas choisi avec leur petit carton à la place prédisposée. Gérard se retrouve à diner avec la belle soeur qu’il ne reconnait pas, heureusement son cousin est dans les assurances, ils s’arrangeront pour le poteau en pierre. Ça c’est une bonne nouvelle, car Gérard se faisait quand même du soucis depuis 16h de l’après-midi. Y’en a toujours une qui est pétée plus vite que les autres. Souvent c’est la frangine de la mariée.
C’est comme C., ma soeur. L’autre fois lorsqu’elle m‘a reçu chez elle. C’était gênant, mais j’ai l’habitude, si je la critique, elle me traite de langue de pute, ça fait comme ça.
Lou imite sa sœur.
« Langue de puuuuute ». Elle insiste sur le U. Elle l’étire un max. Le pire, c’est le jour où elle est partie avec son petit extincteur, en croyant pouvoir éteindre un incendie chez le voisin, elle criait, j’ai mon concours de secouriste, moi!
J’ai fui le tonton, en feu, qui raconte la dernière exposition qu’il a fait au Guilvinec en 2013. Parfois il se lève pour prendre des portraits et leur faire faire des pauses.
Lou fait des pauses comme si c’était elle sur les photos, accompagnée de clics et de flashs.
LOU
Johnny... Le chat, je l'ai appelé comme ça à la mort de Johnny. Je pleurais. Johnny est mort les enfants.
L’homme m'avait quitté pour une meuf plus jeune que moi, en novembre, une conne, comédienne, aux cheveux et aux ongles longs qui clignait de l’oeil devant ses gros mollets et son agent artistique ! Je l’ai senti direct, j’ai vérifié son smartphone. Dommage, j’ai tout vu: « Je ne peux pas empêcher mon coeur de battre, ou de battre mon cœur je ne peux m’empêcher ». Très poétique. L’homme s’est immédiatement enfui vers la cuisine en sifflotant.
Moi, devant ma télé, le 10 décembre, je pleurais toutes les larmes de mon corps en voyant un gars jouer de la guitare devant la tombe de Johnny. Il était beau d’ailleurs, le gars. Je me suis dit ça devant la télé, que, finalement, moi aussi, je pouvais reconstruire ma vie.
Lou imite un de ses fils.
Qu’est ce qu’elle a maman? Pourquoi elle pleure ?
LOU
Johnny est mort les enfants ! Johnny est mort !
Un temps.
LOU
C’est la cata! Mais maman va rebondir! Se reconstruire. Johnny a bon dos pendant que R. roule des pelles… Et Johnny le chat, est mort, lui aussi, quelques mois après, bouffé par un renard à la campagne.
Lou s’adresse à Marie.
LOU
C’était pas une peluche cette fois, le renard, Marie.
Lou retourne vers le frigo et l’ouvre le frigo, il est rempli.
LOU
Il faut faire des courses!
Heureusement ; j’ai une chatte maintenant…
Elle verse les croquettes dans la gamelle, d’un air absent.
LOU
Et …
Elle compte sur ses doigts.
…mes 2 enfants.
Lou, soudain, se dirige comme une aveugle.
LOU
M., G., vous êtes où?
… Moi je suis là avec tous ces couillons. J’exagère, ils sont plutôt sympas, y’en a un dans le jardin qui joue hyper bien du djembé, c’est juste que je suis à trois heures et demie de chez moi en Berlingo avec un phare qui marche plus, et que la mariée blonde, qui ressemble à Berenice Béjo (ça y est j’ai retrouvé son nom), veut que je reste jusqu’au bout de la nuit, jusqu’au gâteau, dans le noir le plus total, pour la photo des petits fours et des boules au caramel.
Faire des photos la nuit: une belle connerie. Comment je vais faire avec un seul flash, si tout est noir et sombre dans ce putain de château?
Il est 21h.
Je ne vois plus rien!
Je bidouille dans le noir le menu Sony, après avoir bu trois verres de vin blanc discretos histoire de me détendre un peu et de faire passer la soirée plus vite. J’appuie sur un bouton.
Merde je sais pas si c’est le bon.
Ça fait mal au dos, purée les mariages tu restes debout toute la journée. Le barman, je le reconnais,
il a fait l’évènement « France-Chine » au Pharo il y a un mois. Qu’est-ce que je me suis fait chier là - bas aussi, debout toute la journée. L’avantage c’est qu’il me file les verres de vin dans des gobelets en plastoc, ça se repère moins.
Elle déclenche plusieurs fois le flash.
LOU
C’est à ce moment-là que le flash me lâche.
Un temps.
Merde putain le con il marche plus .
J’ai une idée, je vais déclencher manuellement mon flash pour faire style devant les gens.
Le flash fait son effet. Ça fait professionnel direct. Sauf que ça marche pas, il n’est pas synchronisé avec mon boitier.
Je me retourne, et souris hypocrite au mec qui fait semblant de jouer du saxo, sur un air de jazz rétro. Il ne peut pas jouer normalement lui aussi ? Pourquoi il joue en sourdine? Tout bas, et la vraie musique sort des enceintes. C’est pire que de la figuration ce truc.
Ils ont sorti les fumigènes comme au vélodrome. Bisou des mariés.
Merde, je cours jusqu’à eux. Je dois pas louper le bisou…J’suis à la bourre.
On fait la pause. « 1,2,3 Cheese.
Je devrais plutôt dire 1,2,3 : Sheet.
C’est la merde!
C’est complètement noir.
NOIR
Lou imite la grand- mère.
C’est quand même beau un mariage, ça ne dure qu’une fois, me dit alors la grand-mère.
Elle parle d’une traite très vite, imitant l’homme.
Où as-tu mis mon t-shirt, celui que tu me piques tout le temps, le pull là que tu as
rétréci au lavage, il va à M. maintenant, c’était un pull en cashmere, 90 boules aux Nouvelles galeries. Tu sais combien c’est 90 boules ? Non! Et Pourquoi? Parce que tu n’as aucune notion de la valeur des choses. Je te donne tout. Tout. Tu as tout. Ma veste, putain mais c’est ma veste bordel, merde, tu peux pas prendre ma veste et mes chaussettes. Putain, boxon ici. On sait jamais où tu ranges les affaires. Il faut faire gaffe avec le plan de travail. Il est en chêne, alors quand tu mets quelque chose dessus, ça fait des traces. On le poncera, ça me coutera encore du fric. On va vendre. Voilà on va vendre. Le voisin est un con. Et mon meuble suédois, ça Lou tu fais plus. Tu fais plus
ça, ok, tu comprends? Quand tu fais sécher les couverts mouillés, tu enlèves l’eau de dessous, avec une éponge sèche, qui absorbe, sinon ça gondole après, et tu mets bien de l’huile de lin. Lou, tu m’écoutes? Et mon vélo, si tu mets pas l’antivol ici ça l‘abîme. C’est mon vélo merde. Tu ne veux pas d’ordre, tu n’écoutes jamais les consignes et tu ne veux pas lire les notices. Mes meubles n’ont plus de tiroir. Il y a des trous dans les murs, des clous placés aux mauvais endroits. Des bouts de gomme collés partout. Non, on ne monte pas un meuble sans avoir lu les règles Lou. Non. C’est comme à La bonne paye ou au Monopoly. Il faut lire les règles du jeu. Tu lis RIEN.Trois heures et demie pour rentrer chez moi, trois verres dans le nez, 15 plombes pour démarrer la caisse, retrouver ma carte bleue et faire de l’essence, tellement naze à l’arrivée que je l’ai garée n’importe comment dans le garage.
Un temps.
L’homme ne pourra pas rentrer son scooter. Évidemment, il va râler.
LOU
Pourquoi ne reste-t-il pas à Digne-les-Bains fêter dignement son prix ?
Moi je rêve qu’il reparte vite en tournage. Vite ! Et il s’entête à croire que je suis jalouse de sa carrière.
Moi actrice de séries depuis mon plus jeune âge, de publicités où je mange du fromage dans des champs de blés. Moijalouse. Jamais.
On voit la publicité pour un fromage où elle embrasse un homme dans les blés avec la musique de « Pavé dauphinois » en fond.
LOU
N’empêche que ce mec sublime a été mon mec quelques années de suite. Depuis il a eu 5 enfants avec 4 femmes différentes certes.
Lou est rêveuse.
… J’avais du succès à l’époque.
Après j’ai pas joué dans de grands films, mais j’ai eu quelques récurrents dans des séries. Une gifle par Francis Huster, on a refait la prise 19 fois. 19 gifles.
Une réplique à Marc Walberg (You have a Lovely smile ), et un strip tease dans un film érotique (Non j’ai pas fait ses essais à Brisseau).
J’ai aussi joué dans des pièces de théâtre dont j’ai oublié les titres.
Elle attrape l’ accordéon et chante: « Johnny tu n‘es pas un ange » d’Edith Piaf.
Johnny, tu n'es pas un ange
Ne crois pas que ça m’dérange
Jour et nuit, je pense à toi
Toi, te souviens-tu de moi
Qu'au moment où ça t'arrange
Et quand revient le matin
Tu t'endors sur mon chagrin
Johnny, tu n'es pas un ange (…)
Silence.
On voit en arrière plan une photo de la mariée, la tête coupée, avec son père, arrivant dans l’église. Et quelques autres photos ratées, floues, pleins.
LOU
J’ai perdu l’église, la sortie de l’église, le cheval, le chien, la mémé, le pépé, le tonton, la pause dans les vignes, les invités dans les marches. Tout. J’ai tout perdu. J’ai fait un nouveau devis. 650 euros.
Je me suis dit que 100 euros de moins ça pouvait passer. J’ai envoyé 150 photos quand même de la mairie et de la soirée. C’est tout ce qui me restait. J’ai perdu le plus important, le fondamental, l’essentiel.
Lou imite l’homme.
Bah oui on se marie une fois Lou! Une fois! Tu ne peux pas perdre les photos, non.
Il faut prendre ton téléphone et appeler. Un sms déjà. Excusez-moi j’ai eu un petit problème avec ma carte mémoire mais celle-ci est chez le réparateur.
On me rappelle à peine ai-je mis un point au sms.
Lou imite le marié.
Oh! 20 000 euros, on n’est plus à ça près, vous savez les labos, les récupérations, la carte
mémoire. Avec l’IA on peut tout faire aujourd’hui, tout. En tous cas, sache que tu as bien fait foirer ma lune de miel, ma femme est une hyper sensible.
Et qu’est-ce qu’elle va dire ma mère? Hein, ma mère ? Qu’est-ce qu’elle va dire ma mère?
LOU
Ta mère elle est tellement vieille que son numéro de sécu c’est le 0.
Lou fait des « fuck ».
Lou prend l’accent manouche.
LOU
Ça va mal finir, fais gaffe. Il faut pas hausser la voix. Y’en a qui prennent 14 ans, pour ça. Faudra pas dire qu’on n’a pas prévenu. Moustique, à sa fête de mariage, entre cousins, lui il a tiré avec son fusil au sortir de sa sieste. « Johnny l’enfant », encore un Johnny, mettait en boucle « Allumez le feu !, avec 20 litres de bières dans le sang…Un bordel sans nom sur le terrain. Le père de Moustique a voulu changer de dikse: Y’ en a qui ont sorti les serpettes, et c’est parti direct en bastos, deux clans pour une histoire de chanson… Et encore du Johnny. Moustique c’est soit un héros soit un criminel. « Jo l’enfant » s’en est tiré avec l’assurance, mais avec 2 prothèses aux jambes, ce qui ne l’a pas empêché d’utiliser une voiture bélier lors d’une sortie dominicale pour un nouveau cambriolage ! Ça sert aussi à ça les prothèses !
Elle se dirige vers le frigo, ouvre la porte et la referme et à la volée.
Lou imite Moustique.
LOU
J’allons faire des courses.
Elle imite Jo l’enfant.
LOU
J’ai pris la 4 voie et j’ai foncé tout droit direk.
Lou imite l’homme qui murmure à son fils.
Ne t'inquiète pas M. ! Maman va bien, elle est juste allongée sur le dos… Maman médite !
Elle ferme les yeux, un sourire énigmatique, un sourire malicieux aux lèvres.
Maman prend des cours de relaxation! Là, ce que tu vois, c'est la posture…
Elle lève un bras dramatique.
…Paresseux tombant de l’arbre !
Elle se redresse lentement comme une somnambule. Lou est comme défoncée.
LOU
J’ai lu des romans féministes, toute l’année, et je les posais bien en vue sur la table à coucher. Arrêtez avec les mecs à la con, ne plus se faire dominer par l’effet moustache, savoir dire non à l’épilation, se laisser pousser les poils des aisselles, dire non quand il dit oui, refuser, convaincre, résister, prendre sa place, oser. Y’a même un bouquin d’une serial killer qui coupe des bites. J’étais allée quand même loin dans mes lectures.
Lou s’adresse à ses enfants.
LOU
Il faudra pas s’étonner… si maman en finit avec… une…
Lou imite un psychiatre.
Il faut rompre avec les schémas Lou, il faut s’allonger et réécrire l’histoire de sa
vie maintenant.
LOU
C'est pas simple une séparation, c'est l’occas' de tester toutes sortes de médicaments, je suis prête à me proposer comme cobaye. Il paraît que c'est bien payé.
Elle ouvre les boîtes et étale les comprimés sur la table, les détaillant un à un.
LOU
J'ai essayé : Prozac, Séresta, Tercian, Valium, Stillnox, Zoloft, Lexomil, Sertraline, et Seroplex 10… ça me faisait des palpitations.
Elle grimpe sur la table et danse sur les boîtes de médicaments.
LOU
J'aurais bien aimé danser, mais je ne sais pas danser ! Je suis pas synchro ! J’ai fait des claquettes et le jour du spectacle de fin d’année, j’ai fait le pas un temps plus tôt, j’ai marché sur le pied de ma voisine qui a hurlé: « Aie ! ».
Elle s'arrête soudainement, ramasse frénétiquement les médicaments et les range. Lou s'assoit en tailleur, lève les bras au ciel, implorant les dieux anciens.
LOU
J’invoque mes ancêtres sioux ! J'allume mon feu intérieur pour rester éveillée.
Lou imite un réparateur.
LOU
Y’a un pépin avec la carte mémoire.
Alors c’est 1200 euros si vous envoyez la carte au labo.
Vous avez enclenché un truc pendant la soirée? Appuyer sur un bouton ? Toucher au menu ?
Elle marche d’un pas hésitant vers l’évier, remplit une bassine d’eau, la pose sur la table.
Elle prend une éponge, verse du produit vaisselle dessus, la lâche dans l’eau… La récupère. La relâche. Encore. Encore. Son regard s’égare, ailleurs.
LOU
Je fais plonger mon poisson rouge du haut de la fenêtre de ma chambre de banlieue parisienne. Trois mètres plus bas l'attend un seau rempli d’eau. J'ai 15 ans, je suis championne de France de plongeon et des milliers de sauts à mon actif, sous l’agrément de mon père.
C’est bien ma Nenette.
Un silence.
Elle regarde fixement l’eau dans la bassine et une coupe en faux or à côté.
LOU
Évidemment, Jobi s'écrase lamentablement sur le bitume.
LOU
Il y a des médailles dans le bureau de mon père , plein de médailles qui ne sont pas les miennes, c’est celles de ma soeur J. qui a fait deux Jeux Olympiques, moi j’avais le droit à la salade verte de Courte paille quand j’arrivais sur le podium.
Lou est officielle, mécanique.
LOU
Lou Danaux. Saut et demi avant carpé. Coefficient 1.5.
Elle frissonne légèrement.
J’ai les j'tons à chaque compétition. Soudain, mal au ventre, j’entends le haut-parleur citer mon nom depuis les toilettes de la piscine.
Elle mime une enfant qui panique et s’agrippe à un mur invisible.
Oui, oui, j'arrive !
Surtout, ne pas glisser sur le carrelage…
Elle souffle un grand coup, et bascule, soudain calme.
À peine expulsée du ventre de ma mère, je me suis retrouvée bébé-nageur.
Lou reprend sa craie et dans un rythme rapide.
LOU
J’ai passé un tiers de ma vie à faire du plongeon la tête en bas, la tête sous l’eau, alors
si tu restes l’équivalent de 40 secondes sous l’eau après chaque plongeon, vu que j’en ai
fait 20 ans, en plus des bébés nageurs, trois fois par semaine, plus les stages pendant
les vacances scolaires, ça doit faire 200 000 plongeons x 3 x 20 x 40 secondes ce qui fait : 480 000 000 secondes sous l’eau et donc 2400 heures sous l’eau. C’est beaucoup.
A 10 ans, j’attendais la fin de l’entraînement pour monter au hammam, et me remettre la tête sous l’eau dans le seau d’eau gelée cette fois. Je faisais exprès d’être chiante sur le tremplin, rien écouter, pour monter plus tôt.
Lou imite son psy.
LOU
Il faut arrêter de plonger, Marine. Il faut rester au sol à votre âge.
Lou esquisse un sourire. Elle hoche la tête, acquiesce, mais ses yeux brillent d’ironie. Lou chuchotant, rieuse.
LOU
Mon psy a des chaussettes incroyables, on pourrait jouer aux échecs dessus.
Elle mime un homme assis, fumant un cigare, croisant les jambes avec distinction.
LOU
Il fume le cigare, il est vieux et lacanien. Sans doute un peu homo. Avec des lunettes.
Des fois, il me garde deux minutes. Des fois, 42.
Elle cligne des yeux, puis prend un ton imitant une révélation métaphysique. `
LOU
Vous avez pris le temps… Disons que vous avez plutôt mis le temps. C’est bien Lou, je vous laisse là-dessus.
Lou sourit, hausse les épaules.
LOU
Il a un tableau dans sa salle d’attente où si t’es mâle, t’as envie de te pendre.
Elle prend une grande inspiration, lève la main, index pointé vers le ciel.
LOU
La première fois que j’y suis allée, il m’a parlé de cocotte-minute en me fixant.
Elle imite le psy.
Heureusement qu’il y a la soupape…
Elle mime un soupir, lasse.
Je lui ai parlé de persil dans le nez… Il a hurlé : Il est temps de se réveiller !
Des fois aussi, il me demande comment j’ai fait pour en arriver là: Vous aimez bien le caca?. Des fois il n’est pas très poétique.
Un silence.
Elle s’installe sur une chaise, pensivement.
LOU
Quand je me suis vue comme un « porte manteau » à la porte de chez moi, en attente, près de la porte d’entrée, ou de sortie de la maison.
J’ai eu un flash.
Je crois que ça a été le déclencheur.
Elle imite le psy.
Vous allez finir par l’ouvrir cette porte oui ou merde? Garder le cap Lou, le cap.
LOU
J'ai compris que plus je plongeais, plus fallait que je remonte. Je pouvais pas rester éternellement la tête sous l’eau.
Quand je plongeais, y avait plus rien qui pouvait se passer. Je prenais mon élan et je sautais le plus haut possible. Après, je tournais, en retourné, en renversé, en vrille. Je serrais les genoux à mon corps. J’avais la tête qui tourne. Je pensais plus. Quand je le sentais, j’ ouvrais tout mon corps. J’ouvrais. C’est beau comme expression. J’arrivais dans l’eau et j’essayais de faire le trou. Ça s’appelle comme ça : faire le trou.
C’est les deux bulles qui remontent des deux côtés à l’entrée dans l’eau.
Elle fait mine de réfléchir, puis se lève doucement, mimant un plongeur sur un tremplin, regardant en bas.
LOU
Il dirait quoi là, mon psy ?
Il faut arrêter de creuser ?
Elle se redresse lentement, comme si elle émergeait d’un rêve, regarde devant elle, réfléchit.
Mon père me court après , j’ai 12 ans, et je fais des soupes à la terre et au parfum Lancôme de ma mère sur le toit de la voisine. Mon père me voit. Ni une ni deux, je descends du toit et il me court après dans le jardin. Mais à la fin, c’est quand même lui qui a finit par me virer de la maison. A mes 18 ans, j’ai fait mes clics, mes clacs, je suis partie. Ma mère m’a filé quelques sous en cachette pour me louer mon 13 m2, avec le lit dans le placard, et la douche sur le palier, à Paris.
Mon père s’appelle JJ, pour les intimes. C’est presque comme Jojo.
LOU
Je monte sur un tabouret ?
Veux-tu que je monte sur tabouret ? Tu me verrais davantage, tu me verrais, non? Si je monte?
Un chou-fleur dans un frigo. Une plante verte qui défraichie, une plante qu’on n’arrose plus.
Se balader à poil, et ne provoquer plus aucun effet. Eviter le lit conjugal. Passer 30 minutes aux waters.
Lou imite le psy.
C’est à vous les casseroles! Ce sont les vôtres. Vous courez après quoi Lou?
LOU
STOP!
Laissez moi faire ce que je veux.
Musique.
Elle enlève sa robe de mariée et, défile, en dansant et jouant à faire sonner ses casseroles.
LOU
C’est hyper bizarre, à chaque mort ou séparation d’un de mes proches, y a un artiste qui décède au même moment. Mémé T. c’était Barbara. Pépé R. c’était Alain Bashung. S. c’était Jacques Higelin. Avec l’homme , c’est Françoise Hardy.
Merde ça y est je refais des « fuck ». `
Je peux pas m’en empêcher.
Même ma mère m’a dit: Comment t’as pu faire ma mimi pour perdre les photos?
Mon père m’a dit que c’était prévisible avec un métier pareil.
Moustique m’a dit qu’il faut que j’arrête les mariages. Que c’est poukave les mariages. Que ça finit toujours mal.
Et l’homme a continué à me reprocher mon absence au discours de la sous-préfecture.
Et le psy m’a dit mystérieusement : carte mémoire, carte mère, interessant, ça…
Comme le poisson rouge qui tourne en rond. Il s’auto suffit, le poisson rouge.
Dans ma classe, en ce2, le poisson rouge il a sauté du bocal et on l’a retrouvé par terre avec la maîtresse, un lundi matin, comme moi samedi dernier en rentrant du mariage. Faut faire gaffe à ton état psychologique.
Et puis le tabouret, il n’est pas assez haut pour qu’on me voit. Je dois prendre une échelle.
Ranger.
Arrive.
L’homme.
Ou sont les/ Mes/ clefs ?
Elle cherche ses clefs qui sont autour de sa tête comme en un serre tête et qui reposent sur son nez, au milieu de ses yeux.
Lou imite son fils, ou elle-même.
Maman?
T’es où?
Un bouquet est sur la table. Elle prend le bouquet.
LOU
Je t’aime un peu, pas du tout, beaucoup, plus, passionnément, plus du tout.
Ne pas renverser verre sur commode bois.
Qui veut bouquet ? Qui? Personne?
Je prends mon élan.
Je saute.
Je tourne.
Faire le trou.
Faire le trou.
Faire le…
C’était quoi le mot déjà ?
Qui suis-je ?
Il est castré.
Mais il baise quand même.
C’est un chat ou une chatte ?
Elle ne sait plus la différence entre une cuillère et un couteau.
Et elle met 45 minutes à mettre le couvert.
C’est quand même beau un mariage…
La robe blanche.
Le père. La mère.
La photo. Le tonton, la tata.
La sœur bourrée.
Elle tente de retrouver ses mots, comme chez l’orthophoniste.
« La tê - te cou - pée ».
La tête coupée.
C’est bien Lou vous faites des progrès !
Les invités. Les escaliers. Le flash. Le noir. Sheet. La carte.
Elle est là.
Non.
Plus là.
Johnny est mort les enfants.
Johnny le chat. Johnny le chanteur. Johnny le rockeur.
Johnny l’enfant. Johnny aux jambes coupées. Lui. Pas la tête.
Toujours Johnny.
Toujours un Johnny qui meurt quand quelqu’un part.
Elle enlève les pétales, un à un.
Elle repart dans son placard.
On entend, en fond sonore, une chanson de Johnny Halliday et une baston qui dégénère.
LOU
« Fuck! »