
en sortant du camion, 2017
Note d’intention
Ce film est né de mes rencontres avec les enfants Roms, qui ont été mes élèves lorsque j’étais enseignante de 2005 jusque 2016. Je conduisais une antenne scolaire mobile sur tout le département de la Seine-Saint-Denis, alternativement auprès d’enfants venus de Roumanie sur des terrains précaires et provisoires. Mes cours se déroulaient dans un camion-école.
Mes élèves m’ont marqué par leur réactivité, leur spontanéité et leur force à toute épreuve, ancrés dans un temps présent que nous oublions de vivre et de ressentir à cause de nos préoccupations. Eux, ils l’habitent. Je garde d'eux une image vivante, pleine d'espoir, de joie, comparé à moi, qui ne vivait à l’époque pas 1/3 de leurs incertitudes et de leur précarité et qui était remplie d’angoisses personnelles.
Avec ce film, je souhaite laisser une trace en puisant dans ces liens forts que j’ai eu la chance de tisser avec eux, les discussions avec leurs parents, les relations privilégiées avec ces enfants durant 10 années de ma vie.
C’est un film qui s’articule autour de la personnalité d’Angèle et s’ancre au milieu d’une population refoulée aux abords de nos villes, dans des conditions insalubres, à savoir les roms. S’engager à enseigner, à transmettre dans des conditions souvent déplorables ébranle profondément les acteurs sociaux qui doivent trouver chaque jour la force de remettre le bleu de chauffe, imaginer de nouvelles solutions.
Très vite le désir d’investir cinématographiquement ces territoires et ces populations, d’en faire un film qui s’attache à dépasser la dureté de leur quotidien sans rien nier des difficultés auxquelles ils sont confrontés à constituer le socle du travail d’écriture.
Angèle incarne une femme en pleine crise. La routine, la misère, la violence, la lassitude l’ont usée autant qu’elles lui ont fait perdre la volonté d’imaginer une autre manière de transmettre.
Or c’est à cet endroit précis qu’elle va ressaisir le pouvoir de son engagement et par ricochet celui de sa propre vie, en décalant son regard sur le monde, en montant un dernier spectacle de théâtre avec ses élèves, grâce à la force et le courage des habitants du terrain et à Bobo.
Bobo - comme tous les élèves dont elle a la charge - incarne à la fois la lueur d’espoir comme la tragédie quotidienne dans laquelle ces enfants (comme les adultes) sont enfermés.
Angèle noue une relation qui va subtilement dépasser celle d’une simple relation élève/professeur intenable en réalité dans le contexte dans lequel elle travaille.
La réalité du terrain amène Angèle à « décaler » ses difficultés personnelles et professionnelles à laquelle elle fait face et à comprendre l’importance de monter le spectacle, pour Bobo et les enfants.
Mon choix est celui de ne pas enfermer le récit dans une simple description naturaliste. Empruntant par touches à la comédie, je m’autorise quelques pas de coté avec des séquences où Angèle craque, et en devient drôle.
C’est à mes yeux une manière d’être en écho avec ces jeunes élèves qui trouvent les moyens de s’émerveiller, d’apprendre, de jouer, et de rebondir.
Le théâtre est ainsi l’occasion d’associer au film une fantaisie propre à celles de l’enfance. Moyen pour nous de dépasser l’image « négative » que peuvent susciter cette population - et de sortir d’un misérabilisme convenu, trop réducteur.
En effet, la dernière séquence, rappelle tout à la fois la réalité violente de leur mode de vie dont sont victimes les habitants des bidonvilles comme des « tempêtes ».
Pour autant, une utopie, un rêve se réalise et comme un vœu qui s’exauce sous nos yeux, Angèle voit son spectacle : Bobo, par la force exécutoire de son interprétation donne sens à tous les efforts consentis, ceux des élèves, et celui du choix de vie d’Angèle.
Ils sauvent cette école.
La jeune femme et Bobo nous rappellent toute leur détermination pour continuer à se tenir debout. Envers et contre tout.
C’est une réalité violente, constellée de touches d’humour, et d’espoirs, qui se déploie dans le constat d’une perte d’espoir d’un monde à réinventer.
La misère, la destruction, la pluie et la tempête, puis l’art qui arrive et est porteur de ce reste d’humanité palpitant, et qui décale notre regard sur le monde.
(le film est encore en finalisation d'écriture)
